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Luxury Dream's

Interview par S. Levy parue dans le trimestriel Luxury Dreams

Dites-nous en quelques mots votre parcours ?

Quand j'étais à la faculté de droit, j'étais déjà profondément anti-communiste et anti-gauchiste et j'étais très marqué dans ma jeunesse par l'Algérie française, je voulais être officier de marine. Qu'elle n'a pas été ma déception de voir, alors que je rêvais de parcourir le monde, la France réduite à l'hexagone. Je suis donc devenu professeur à la Faculté de droit. Je suis resté dans l'Université très longtemps avec beaucoup de plaisir. J'ai été doyen de Faculté puis Recteur d'Académie, ensuite Inspecteur général et tout cela très jeune. Au bout d'un moment j'avais fait le tour de la vie universitaire. J'ai rencontré un homme exceptionnel qui s'appelait Eugène Claudius Petit qui avait été ministre de la 4ème république. Il m'a permis de découvrir la politique que je n'aimais pas auparavant. Cet homme était exceptionnel. Par la suite je suis devenu son suppléant et à partir de là, je me suis retrouvé englué dans des élections successives. Je ne sais pas d'ailleurs si j'ai eu raison. Mais j'ai été élu d'abord Conseiller de Paris, ensuite Conseiller régional, puis Député et puis Ministre. Voilà comment je suis devenu le Maire du 16ème Arrondissement.

J'allais vous demander ce qui vous a donné ce goût pour la politique ?

En partie, Eugène Claudius Petit, mais c'est également grâce à mes études. Je suis juriste et historien cela donne le goût de la politique de l'extérieur et, au fond, je me suis dit :  "puisque je parle de politique dans mes cours toute la journée, je vais aller voir un peu ce qui se passe à l'intérieur". Je me suis aperçu qu'entre la vision qu'ont les universitaires de la politique et les hommes politiques qui étaient universitaires, il y a un fossé considérable. Je ne regrette pas d'être entré dans ce milieu politique pourtant très dur et très austère, contrairement à ce que l'on croit. On perd beaucoup d'argent, mais on y trouve du caractère. Je pense que pour être un homme politique brillant, on a pas besoin d'être très intelligent mais on a besoin d'avoir surtout beaucoup de caractère et beaucoup de convictions.

Après des années de règne par Pierre Christian Taittinger, vous prenez en main les destinées de l'arrondissement le plus huppé et le plus peuplé de Paris, quelles sont vos ambitions pour cet arrondissement ?

J'ai pris la tête de cet arrondissement parce que la campagne électorale a été difficile. Je me suis aperçu que les électeurs n'accepteraient pas d'avoir quelqu'un qui était prestigieux mais qui me disait-il souvent, "avait fait son temps". Pierre Christian Taittinger, n'a pas compris tout de suite la signification de cette élection. Il y a eu des moments difficiles. Je n'avais pas envie d'être Maire du 16ème Arrondissement, mon idée de départ était de laisser Pierre Christian Taittinger maire pendant deux ans et je me suis aperçu très vite qu'il souhaitait rester durant tout le mandat. Mais la manière dont s'était passée l'élection, avait provoqué des élections de dissidents justement à cause de l'âge de Taittinger. J'ai alors pris mes responsabilités. Je me suis donc retrouvé à la tête de cet arrondissement sur des dossiers que je connais bien. Je l'ai fait en réalité non pas pour des ambitions personnelles, car le titre de Maire du 16ème est prestigieux, mais comporte assez peu de pouvoir, et beaucoup d'obligations. Et comme je tiens à rester avocat, j'ai alors sacrifié encore un petit bout de ma carrière. Je veux mettre en place une nouvelle génération dans le 16ème de femmes et d'hommes de 40 ans. Nous souffrons en effet d'une longévité excessive du monde politique et d'un refus de partage. Je souhaite également montrer que cet arrondissement qui est fustigé par Delanoë, qui est caricaturé, est un arrondissement moderne, intelligent, qui vit pleinement son époque. Nous n'avons pas de leçons à recevoir de petits gauchistes à la manque qui se croient des parangons de la modernité. Je vais mettre en place un système qui montrera à tous, que le 16ème est un arrondissement de gens qui travaillent, qui font beaucoup pour la collectivité, qui payent leurs impôts, qui sont à la pointe pratiquement de toutes les technologies et qui par conséquent veulent faire de cet arrondissement un modèle de travail et de réussite. Assez de discriminations contre le 16ème arrondissement.

Vous avez au cours de votre carrière politique pris des positions parfois difficiles et ça sans jamais pratiquement attirer la vindicte des médias, à quoi est-ce dû ?

Si un homme politique ne sait pas prendre des positions difficiles c'est qu'il n'est pas un homme politique. Moi, je ne vis pas toute mon existence en fonction d'une réélection. J'ai un métier et je suis indépendant. Je souhaite d'ailleurs que les hommes politiques le soient à l'avenir, cela leur donnera une indépendance d'esprit et de comportement nécessaire à la démocratie. Rien n'est pire qu'un député qui se trouve au chômage parce qu'il est battu aux élections. Celui-là n'est pas indépendant, c'est un suiviste par nature. Ce n'est pas ma conception de la politique. Pourtant les médias ne m'ont pas "raté". J'avais peu ou pas de casseroles, il était très difficile de m'attaquer. De plus je riposte très fort, ce qui peut-être les retient un peu de m'agresser. Je crois qu'on ne fait pas de la politique pour être couché. Je ne cèderai à personne ni à Sarkozy comme à Chirac au détriment de mes convictions, non pas pour trahir, mais pour servir, car servir c'est dire la vérité.

Auriez-vous aimé faire partie du gouvernement actuel ?

La réponse est non, parce que j'ai un très mauvais souvenir de mon passage au gouvernement. En plus, le quinquennat a dénaturé la relation du gouvernement par rapport au Président de la République. Parfois, je me sens trop indépendant, peut-être parce que j'ai trop de bouteille pour courber l'échine. Un ministre, c'est quelqu'un qui a beaucoup d'ennuis et très peu de pouvoirs et qui quelque part, est obliger d'avaler des couleuvres. J'ai la digestion de plus en plus difficile. Je me sens très bien à l'Assemblée Nationale et j'aspire à avoir des fonctions de Président de commission.

Vous travaillez beaucoup et êtes sur de nombreux fronts en même temps, reste-il du temps pour votre vie de famille ?

Non, pas assez ! Le grand drame des hommes politiques, c'est la gâchis familial. J'ai réussi à m'occuper de mon deuxième fils à peu près convenablement malheureusement le premier qui est tombé dans une période d'ascension, je ne m'en suis pas suffisamment occupé. C'est un des regrets de ma vie. Quant à ma femme, elle en a pris son parti. Elle fait elle-même une belle carrière de juriste même si elle en conçoit beaucoup d'amertume parfois.

On découvre l'homme politique que l'on connaît et l'on a envie de savoir ce qui se cache derrière, quels sont les loisirs de Claude Goasguen et est-ce qu'il trouve le temps pour s'y adonner vraiment ?

Moi je suis un universitaire, c'est-à-dire j'aime lire et écrire. Je lis tout le temps et j'écris. Ce n'est pas d'ailleurs un loisir c'est une nécessité. Je ne peux pas passer une journée sans le faire. Les loisirs qui me plaisent sont les sports. J'ai joué au rugby longtemps. J'ai eu une carrière de sportif. J'aime le sport, j'aime les sports de contact, la boxe, le rugby, le squatch, les sports comme on dit "virils". En réfléchissant je n'ai pas beaucoup de loisirs, j'en ai deux, j'aime le bon vin et la fête lorsque je peux la faire.

Qu'est-ce que vous avez vraiment envie de changer ou de faire évoluer très rapidement dans ce qui est maintenant votre fief le 16ème arrondissement ?

D'abord je veux protéger le 16ème arrondissement de l'étiquette péjorative que lui colle le Maire de Paris. C'est un arrondissement vert, donc il doit avoir un urbanisme adapté au fait que nous sommes à proximité du Bois de Boulogne. Je veux un urbanisme de développement durable et qui soit de dimension raisonnable, (je ne discute pas avec l'autorité à plus 6 plus 7). Je veux sauvegarder Sainte Périne, parce que les espaces verts c'est trop précieux. On ne peut pas me dire toute la journée que l'on est favorable au développement durable et me coller des appartements dans un parc qui est l'un des plus beaux du 16ème arrondissement. Deuxièmement, je veux que le 16ème prenne conscience de sa force économique et je suis à la rencontre de tous les chefs d'entreprises du secteur. Je vais créer un club des entreprises du 16ème. Sur le plan culturel, je veux que notre arrondissement vive en dehors de la mairie. Je veux vraiment donner la possibilité au 16ème de retrouver une dimension d'animation et de culture. Dans les  bars et les restaurants, le 16ème doit être davantage animé. Ce n'est pas normal que les jeunes aillent dans le 10ème ou dans le 11ème pour s'amuser le soir. Je voudrais qu'ils s'amusent ici. Il y a des coins qui méritent qu'on donne un "coup de pouce" et je compte le faire. Je compte ouvrir sur l'international et c'est la raison pour laquelle, aussi bien dans la Mairie que dans l'arrondissement, je voudrais par exemple, que chaque année on ait une année européenne. J'ai demandé aux Italiens cette année d'animer le 16ème arrondissement avec moi. L'année suivante ce sera l'Angleterre et puis l'Allemagne. Je veux faire connaître Israël. Vous savez que je suis le Président de France-Israël, c'est un engagement profond qui remonte à ma jeunesse. Je suis souvent en Israël, je vais y aller prochainement avec Nicolas Sarkozy, c'est très important parce que c'est la paix du monde qui se joue là-bas. Je suis un farouche défenseur de la démocratie, de la liberté et de la défense des droits de l'homme que nos amis israéliens sont en train d'installer au Moyen-Orient fragile.

S'il y a une question à laquelle vous auriez aimé répondre et que je ne vous ai pas posée, laquelle serait-elle ?

Est-ce que vous êtes croyant ? Oui je suis catholique, attaché à ma foi, pratiquant et profondément judéo-chrétien. Je sais que cela ne se dit plus, tant la pression de l'opinion est forte. Désormais on a tellement peur d'apparaître ringard, qu'on ose plus s'affirmer judéo-chrétien. Mais pourrait-on vivre une vie au service de la collectivité sans croire en Dieu ?







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