Il y a désormais cinq ans que le Maire de Paris nous abreuve au sein du Conseil de Paris de discours et de rhétorique. Il est particulièrement prolixe dans ce domaine et la faiblesse des réalisations concrètes nous laisse le temps d’analyser les méandres du discours répétitif d’un maire de Paris, toujours satisfait de lui.
J’ai donc pris le temps de chercher dans un dictionnaire de rhétorique les piliers essentiels de cette logomachie municipale. Ils ne manquent pas d’un certain piquant.
Il y a d’abord la métastase : « figure argumentative qui consiste à tenter de se justifier en rejetant les responsabilités d’une faute sur autrui ». Vous avez reconnu là, c’est aveuglant, la pierre angulaire du discours municipal. Tout ce qui ne va pas incombe à l’équipe municipale précédente. Cette municipalité qui, comme tout le monde le sait, a abandonné les Parisiens à l’insalubrité, au chômage, au repli, submergé par les vices municipaux les plus terribles !… Quel contraste avec la vertu rayonnante qui émane désormais de l’Hôtel de Ville !…
La pétition de principe : « la pétition de principe postule sur ce qu’il s’agirait de prouver ». Elle pose en fait la thèse même qui est en question. De ce point de vue, Bertrand DELANOË a dû apprendre la méthode. Il en fait un abus inconsidéré.
Quelques exemples :
La Ville ne construit pas de logements, qu’à cela ne tienne, on déclare quelle en construit !… La Ville n’a pas rempli ses obligations en matière de crèches, qu’à cela ne tienne, on inventera des chiffrages fallacieux !… Les Parisiens se plaignent des embouteillages, ils ont tort car tout le monde sait qu’il y en a de moins en moins !… La ville est une capitale sale, bien sûr que non, puisque Yves CONTASSOT dit le contraire !…
Au cours de la dernière séance du Conseil, Bertrand DELANOË nous en a encore donné un exemple, qui pourrait figurer comme un cas d’école.
Ainsi, il est communément admis que la Ville de Paris n’ait jamais manifesté un grand enthousiasme pour s’ouvrir vers les communes de l’agglomération parisienne. C’était vrai depuis très longtemps (je suis en train de fournir à Bertrand DELANOË l’occasion d’une nouvelle métastase ! …) mais c’est encore plus vrai de l’équipe actuelle depuis 2001. Il aura en effet fallu attendre juin 2006 pour que le Maire de Paris invite les communes avoisinantes à venir « discuter » autour de lui dans le cadre d’une « conférence métropolitaine ».
Discuter ne veut pas dire contracter, ni imaginer l’avenir. Non, il s’agit de parler sans concrétisation, pour pouvoir « habiller » une politique qui enferme de plus en plus les Parisiens sur eux-mêmes, mais on affirme et pétition de principe !…
Mais on va au-delà, on ajoute l’inévitable métastase sur le passé. Que l’UMP de Paris depuis 2002 n’ait eu de cesse de proposer le regroupement importe peu et qu’elle ne soit pas dupe du caractère fallacieux de la « dite conférence », peu importe. Métastase et pétition de principe sont les deux mamelles rhétoriques de la Mairie de Paris.
Pour être plus direct et moins poli, je crois qu’il existe deux formules très simples, et que tout le monde comprendra, pour caractériser cette politique. La métastase, c’est l’art de noyer le poisson. La pétition de principe, c’est l’art de faire prendre des vessies pour des lanternes.
Jusqu’à quand ?
Cet article a été référencé sur LePolitoscope.net
Rédigé par : Le Politoscope | 18/07/2006 à 22:52
J'aurais apprécié une protestation audible sur les deux points suivants :
- la coûteuse campagne de publicité "tous résidents, tous citoyens", il s'agit là d'une négation totale de notre droit et, par ailleurs, d'un sujet qui ne regarde qu'à la marge la mairie,
- l'inévitable propagande sur le préservatif, qui est choquante et n'a rien à voir avec le mandat d'un maire.
Rédigé par : phiconvers | 18/07/2006 à 19:31